La fureur de vivre

INTERVIEW D’HUBERT REEVES

 EXTRAIT DE « PSYCHOLOGIES »   

A 88 ans, HUBERT REEVES publie La Fureur de vivre (Seuil).

Dans ce petit livre illustré, il explique combien la vie est un extraordinaire phénomène que nous avons le devoir de protéger. Rencontre avec un homme émerveillé et conscient.

Psychologies : Votre livre est une ode à la vie. N’est-ce pas en décalage avec la période que nous traversons : pandémie, menaces environnementales ?

Hubert Reeves : Justement. C’est le but. Je veux rappeler que, certes, nous avons des problèmes, mais nous ne devons pas oublier la beauté du monde, de l’intelligence humaine, le sentiment de compassion qui se développe… Le pire problème aujourd’hui, c’est le découragement, la collapsologie1, les gens qui disent : « C’est foutu, on va vers la fin du monde. » Nous oublions que nous sommes des êtres humains, et qu’un être humain, c’est une merveille sans nom. Nous oublions que nous avons reçu ce fantastique cadeau qu’est le cerveau, et cela vaut la peine d’être rappelé. Nous devons garder à l’esprit que nous ne savons rien de l’avenir, nous n’avons aucune raison fondamentale de penser que nous allons disparaître.

Tout de même, il y a des raisons objectives…

Hubert Reeves : Oui. Mais la réalité est imprévisible. On s’aperçoit toujours que les choses évidentes, vers lesquelles nous étions censés aller, ne le sont pas et que nous nous sommes trompés. Qui aurait prévu l’arrivée du coronavirus ? Edgar Morin raconte qu’il était adolescent pendant les années 1930 et que l’avenir semblait bloqué : d’un côté, le nazisme, de l’autre, le communisme. Il y avait de quoi être désespéré… Le Reich devait durer mille ans ! Or, ni le Reich ni le communisme – en tout cas le stalinisme – n’ont duré éternellement. C’est cela qu’il faut rappeler, et se remettre dans la réalité, qui n’est jamais simple, mais qui contient des éléments d’espoir. Que sera la vie sur Terre dans trente ans ? Personne n’en a idée. Cela pourrait être bien pire, oui, mais cela pourrait aussi être bien mieux.

Il y a des années, au cours d’un colloque sur l’écologie, vous aviez eu cette parole frappante : « Il nous reste cinquante ans. » Or vous n’avez plus l’air d’être dans cette vision très sombre…

Hubert Reeves : D’abord, c’est une stratégie. Je me suis aperçu qu’être un prophète de malheur a des effets très négatifs, que cela ne fait qu’empirer la situation. À partir du moment où vous savez que vous êtes en train de vous battre, qu’il y a des éléments positifs, c’est bon pour le moral des troupes. Quand les troupes savent qu’elles sont dans une bataille avec espoir, elles se battent mieux. C’est important ! Je répète : l’avenir est inconnu. Il pourrait être magnifique. Maléfique, aussi. Mais j’aime bien rappeler l’histoire des baleines à bosse : leur espèce était menacée. Au milieu du XIXe siècle, on en tuait plus de cinquante mille par an. Puis la chasse a été interdite. La population des baleines à bosse a augmenté au point que cette espèce a été retirée de la liste des animaux menacés d’extinction il y a deux ans. Elle est dorénavant classée en « préoccupation mineure ». La situation s’améliore aussi pour les castors en France, pour les loutres, pour des oiseaux… De plus en plus d’institutions financières refusent de déposer des fonds dans des banques qui prêtent de l’argent à des sociétés ne respectant pas l’environnement. Ce sont des choses très positives.

SOURCE :

https://www.psychologies.com/Actualites/Societe/Hubert-Reeves-L-avenir-pourrait-etre-magnifique?

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