Le monde d’après ne sera pas le même que celui d’avant

Confiné c’est être limité. Le confinement nous aura au moins appris, même si c’est contraints et forcés, à vivre de façon intense les limites.

De façon plus générale, et on commence à le savoir, il est temps de réaliser que nous vivons dans un monde limité, « nous n’avons qu’une terre ».

Mais surtout est arrivée l’heure de trouver comment vivre de façon la plus harmonieuse et la plus naturelle, dans ce monde limité.

Il est temps d’oublier l’illusion de la croissance indéfinie et de la suprématie, pour ne pas dire le monopole, du raisonnement économique comme guide unique de toute action et de toute décision politique, sociétale ou individuelle.

Ne serait-ce pas à cela que la covid et le confinement nous ont préparés.

La covid n’est pas une simple crise. Après une crise, on reprend la vie comme avant. On sort simplement d’une crise. La covid est une catastrophe ou une révolution. La situation « après » ne peut plus être comme avant.

L’Homme, qu’il soit bébé, enfant, adolescent ou adulte, dépend des autres pour vivre comme il dépend de l’ensemble de son milieu, de son environnement.

Depuis toujours, les règles sociales ont pour but de régir la façon de vivre au mieux ces rapports. Coulées entre autres dans les traditions, les religions ou les lois, elles ont été établies en fonction de la compréhension que la société a, à un moment donné, du monde dans lequel elle évolue, de la compréhension de son environnement.

Aujourd’hui, cette compréhension évolue du tout au tout. L’Homme réalise qu’il n’est plus au-dessus de la nature mais qu’il en fait partie au même titre que le reste du vivant.

Notre culture perd donc sa boussole. Les règles sont à réadapter radicalement. « La domination » qui était une règle adaptée à un monde essentiellement régi par l’économie et la concurrence, apparait contreproductive et n’apporte que du malheur. Elle doit faire place à « la collaboration » dans un monde fini et limité où nous sommes en quelque sorte « confinés ».

Voilà, dit avec nos mots, ce que nous avons entendu et découvert lors de l’émission « La Grande Librairie » ce mercredi 27/01/2021 sur France 5. Ces axes de réflexion, ces quelques idées, elles nous viennent de Bruno Latour et de Boris Cyrulnik reçus dans cette émission par François Busnel.

Nous vous invitons à découvrir les 2 derniers écrits de Buno Latour, aux Editions de La Découverte et celui de Boris Cydulnik, aux éditions Odile Jacob.


Où suis-je ?
Leçons du confinement à l’usage des terrestres

Bruno Latour

L’expérience du confinement a été terrible aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif. Les États comme les individus en sont tous à chercher comment se déconfiner en espérant revenir aussi vite que possible au « monde d’avant » grâce à une « reprise » aussi rapide que possible.
Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de ces épreuves, en tous cas pour ceux que l’on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là semblent commencer à saisir qu’ils ne se déconfineront pas, d’autant que la crise sanitaire s’encastre dans une autre crise autrement plus grave ; et que c’est une chance à saisir : celle de comprendre enfin où ils sont, dans quelle terre ils vont pouvoir enfin s’envelopper – à défaut de se développer ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent Où atterrir : comment s’orienter en politique ?
Une fois atterris, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter. Comment les aider ? Tel est l’objet de cet essai sous forme de courts chapitres. Après Face à Gaïa, ces deux livres dessinent de plus en plus précisément le Nouveau Régime Climatique.


Où atterrir ?
Comment s’orienter en politique

Bruno Latour

Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.
D’abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’existence de la mutation climatique.
L’hypothèse est qu’on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C’est ce qui expliquerait l’explosion des inégalités, l’étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l’État national.
Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.


Des âmes et des saisons Psycho-écologie

Boris Cyrulnik

« L’impact du milieu n’a pas le même effet sur un bébé, sur un adulte, selon la construction physique et mentale de chacun. Ce que nous sommes aujourd’hui n’est pas ce que nous serons demain, marqués, expérimentés et souvent blessés par l’existence. Notre corps et notre esprit modifiés par la vie devront s’adapter à un monde toujours nouveau.
Les hommes et les femmes, les pères et les mères, voient leurs places respectives bouleversées par une nouvelle donne qui chamboule les schémas traditionnels du masculin et du féminin et qui redistribue l’identité et le rôle de chacun dans le couple et dans la famille.
Notre culture a perdu la boussole, nous naviguons à vue, bousculés par les événements, errant là où le vent nous porte. Il nous faut reprendre un cap, car nous venons de comprendre que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, n’est pas supérieur aux animaux, il est dans la nature. La domination, qui a été une adaptation pour survivre, aujourd’hui ne produit que du malheur.
Une étoile du berger nous indique cependant la nouvelle direction, vers l’unité de la Terre et du monde vivant. » B. C.

Un livre d’une richesse exceptionnelle, conjuguant tout le savoir le plus récent de l’éthologie, de la préhistoire, des neurosciences.
Une méditation profonde sur la condition humaine et sur l’avenir de nos sociétés.

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont tous été d’immenses succès, notamment Un merveilleux malheur, Les Vilains Petits Canards et, plus récemment, Sauve-toi, la vie t’appelle, Psychothérapie de Dieu et La nuit, j’écrirai des soleils


Nous vous invitons également à regarder sur www.france.tv, cette émission si vous ne l’avez pas vue mercredi 27 janvier.

La Grande Librairie

https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-13/2208183-emission-du-mercredi-27-janvier-2021.html

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