Le Monde virtuel, nous y entrons à vive allure.

Synthèse réalisée par Jean Verly   

( 16 Février 2021)

Ce n’est pas nouveau ; la découverte d’internet en était voici plus de trente ans, une entrée en ‘matière’.

Ce matin 16 février, deux infos attirent mon attention : l’internet serait proclamé besoin essentiel en Belgique pour, officiellement, rapprocher le citoyen de l’administration ; il manque de puces électroniques si bien que la fabrication des Audi à Forest est en arrêt.

Le Covid et les mesures prises pour tenter de le juguler ont accéléré l’évolution : travail, étude, culture à distance. Eviter les contacts ‘réels’ devient essentiel car ils sont susceptibles de transmettre le virus.

Deux livres ont attiré mon attention très récemment.

Terre Ultime de Anne Norman, Diffuseur Les livres du Brabant. juillet 2019,191 p.

« Ce livre est une porte, un passage vers un monde qui nous plonge plus de 500 ans après la fin de notre ère – appelée l’ère de la Croix par l’autrice – dans un univers quasi-entièrement virtuel l’Humana… L’héroïne Sahar veut comprendre les origines de ce régime mortifère afin d’en libérer l’humanité. Dans ce but, elle explore les réserves du Louvre qui abritent des oeuvres du vingt et unième siècle, période identifiée comme celle du basculement… ».   (Quatrième de couverture)

A mon sens, l’autrice, historienne de l’art et critique d’architecture, a fait la preuve d’un sens aigu de la prémonition car, rédigé voici déjà quelques années, il évoque des faits précis que nous vivons ces derniers mois

L’Humana désigne une société où les individus sont pourvus d’implants, s’alimentent par des gelules, tout est contrôlé, plus rien n’est naturel. C’est ce vers quoi nous nous orientons, selon l’autrice. (Je nuancerais ce point car c’est une possibilité, ce n’est pas ce que je crois. Je reste optimiste. Toutefois, nous devons demeurer vigilants. Pour le roman, j’ai poussé le curseur, enfin j’espère ;-))

Avec quelques autres individus, Sahar, l’héroïne du récit, en a pris conscience et réussira à en sortir non sans rebondissements…

Voici quelques extraits qu’il m’a semblé intéressants de relever.

« Un constat était clair : durant des siècles, l’artiste avait été le reflet de la main de Dieu…Il était  un vecteur au service de l’expression d’une dimension qui le dépassait… Puis Dieu avait disparu… Il aura fallu plusieurs centaines d’années à l’homme pour oser s’exprimer, sans autre raison que son désir de le faire… Il quitta la matière tangible pour se plonger dans un monde dont il était le créateur. Mais… ces créateurs ne pouvaient imaginer ce à quoi ils allaient contribuer, bien malgré eux  … Le vingtième siècle fut d’abord le champ d’une immense éclosion. « Le Cri » de Munch était peut-être celui d’un accouchement, ou le vagissement de la première individualité s’affirmant comme telle… L’esprit céda le pas à l’égo qui occupa bientôt toute la place. » (p.57-58).

« J’avais remarqué… qu’à partir de la fin de la deuxième décennie du vingt et unième siècle, la majuscule au début du nom avait disparu… Paradoxalement, alors que l’artiste s’était battu pour se distinguer… il se dépouillait de (cette) grâce singulière… Quand il ne le faisait pas lui-même, on le faisait à sa place… Les commentaires produits m’apparaissaient dangereusement futiles. Ils mettaient en lumière des éléments totalement dénués d’intérêt… Les artistes dont il était désormais question… (étaient) de simples producteurs d’objets. Les débats d’idées se faisaient de plus en plus rares… On donnait en spectacle (aux hommes) leur réalité quotidienne, dans sa banalité la plus idiote… Le changement … semblait s’emballer dans les toutes premières années du troisième millénaire… On soumettait (au public) une réalité proche de celle que chacun vivait quotidiennement, mais légèrement édulcorée… Peu à peu le monde réel s’amenuisait. Il continuait d’exister mais de moins en moins de gens s’en souciaient… Les gens se distrayaient, exposaient leur vie retouchée. Cette obsession narcissique s’exposait aux yeux de tous. De nombreux autoportraits photographiques envahissaient des fichiers entiers de la réserve (du Louvre)… Peut-être pouvait-on y voir aussi un signal de détresse… dans un monde qui exhalait la fin ?…
J’imaginais pourtant ce qu’avait dû être le monde avant l’Humana…Une terre ardente, dégageant une énergie vitale fabuleuse… que les hommes ne regardaient plus, se contentant d’en dévorer les ressources… » (p.65-68).

« A cette époque, quelques nations vivent bien mieux que la plupart des autres pays de la planète… Des sociétés démocratiques se sont mises en place et certaines notamment en Europe, témoignent de valeurs humanistes et sociales… Mais très vite le marché a détruit tout cela… L’effritement démocratique apparaît toujours comme le dégât collatéral d’une catastrophe en apparence involontaire… Le vingtième siècle a connu de grandes crises… Le tueur était silencieux mais l’objectif était le même, le pouvoir et l’argent… Au début beaucoup ne voyaient en eux que des outils à leur service… Tous leurs comportements, même les plus intimes étaient épiés et convertis en valeurs…et ce n’était que le début… » (p. 107-109).

« La crise environnementale que les hommes durent affronter à l’époque fut une opportunité fabuleuse pour l’Humana naissante… L’Humana poussa la perversité à avancer un autre argument, le respect des animaux… Assez rapidement les recherches permirent de mettre au point de la viande synthétique… déculpabilisant ceux que la condition animale heurtait… Il ne fallut pas bien longtemps pour que l’alimentation soit entièrement gérée par quelques sociétés toutes à la solde de l’Humana… » (p. 128-129).

Dans le récit, l’Humana démarre avec la découverte de l’Internet « immense toile tendue… qui asssura une soumission ultime… Les gens se sont soumis si facilement… Les drones personnels (étaient considérés) comme des assistants bien utiles dans la vie quotidienne. Ceux des enfants avaient des allures de jouets, de supers doudous. Cela rassurait les parents, car ces engins leur permettaient d’avoir un  regard permanent sur leurs bambins… La peur est le sentiment le plus puissant chez l’homme…Il en fut de même pour les premières micro-puces. On a commencé par en doter les animaux domestiques, ensuite les enfants… Ces puces préfigurent les implants généralisés plus tard par l’Humana… Selon la logique  qui prévalait alors, seuls les gens qui avaient des choses à cacher étaient dérangés par la présence de ces mouchards » (p. 145-146).

« Les avancées faites par une partie du monde scientifique avant l’avènement de l’Humana étaient plus que prometteuses. Le monde est à l’image de la conscience qui le crée… Mais au-delà de tout, la conscience semble éternelle, la mort n’est qu’un passage vers un autre état d’être… Or, la peur de la mort constitue un immense pouvoir pour celui qui arrive à la manipuler avec intelligence. L’Humana était en quête d’immortalité… La clé du problème était la survie et l’optimisation du corps. «  (p.180-181).

Après la lecture de ce livre, j’ai pu contacter l’autrice qui me renvoit le message suivant via mail (29 janvier 2021) :

« Le texte de Terre Ultime est dans les « cartons » depuis plusieurs années. J’en ai commencé la rédaction il y a plus de 20 ans…

Il m’est venu de l’impact toujours croissant de la réalité virtuelle sur nos vies et de mes ressentis face à l’évolution de nos sociétés. Il est vrai qu’avec la période que nous vivons, il prend une dimension un peu « prophétique ». Toutefois, je me positionne loin des courants et théories qui embrument notre quotidien. Par contre, je suis de plus en plus convaincue de l’importance de vivre en conscience et non comme des somnambules. Nous sommes responsables collectivement de ce qui nous advient.

Le monde pourrait évoluer vers une sorte d’Humana, mais il peut tout aussi bien se muer en quelque chose de plus porteur. Les pieds bien ancrés sur terre et la tête dans les étoiles. L’humanité peut trouver le juste équilibre. Pour le moment, on fait plutôt la girouette, et cherchons sans cesse des responsables de nos malheurs, on se déchire et s’invective. J’espère à travers le récit de Terre ultime apporter une petite contribution à nos réflexions. »

A.N. écrit sur l’architecture contemporaine et est aussi l’autrice de Li et les Sphères, conte initiatique jeunesse paru chez CFC éditions.

L’autre livre intitulé

La société du sans contact. Selfie d’un monde en chute (Flammarion, 207p.) est écrit par François Saltiel.

L’auteur est notamment chroniqueur dans 28’ sur ARTE. Des critiques de son livre sont consultables via Internet. Il confirme en quelque sorte ce qu’Anne Norman prévoyait.

 Jean Verly (  http://jeanverly.eklablog.net )

Un avis sur « Le Monde virtuel, nous y entrons à vive allure. »

  1. Un grand merci pour le partage d’extraits de ce livre qui a l’air tout à fait passionnant et prophétique. J’ai aussi beaucoup apprécié la réponse de l’auteur nous appelant plus que jamais à la conscience…

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