UN PEU  DE SOBRIETE  EN MEME TEMPS QU’UN PEU D’INNOVATION TECHNOLOGIQUE

Comment en sortir ? Comment  en finir avec la crise systémique ?

Pour certains, on n’en sortira que par l’innovation technologique ; pour d’autres, on ne peut s’en sortir que par la sobriété.

Evoquons d’abord la technologie ?  Autrement dit  les techniques, les outils, les machines que les hommes ne cessent d’inventer, de développer et d’appliquer à diverses échelles.  Ces technologies comportent assurément des impacts positifs mais aussi négatifs  tant du point de vue social que du point de vue environnemental.

En effet,  si elles sont généralement  la source d’une nouvelle prospérité économique, elles vont aussi souvent de paire avec de grandes inégalités sociales. Et, en outre, du moins au cours de ces derniers siècles, elles se traduisent par de multiples et graves pollutions ou nuisances  ainsi que par la  disparition sinon la raréfaction de diverses ressources naturelles.

Peut-on inverser le cours des choses ou réduire ces impacts négatifs par de nouvelles technologies ?

On en est loin. Notre société actuelle reste basée sur la croissance économique, le productivisme et le consumérisme, en d’autres termes sur l’exploitation effrénée des ressources naturelles (voire humaines ).  Ainsi que le relève notamment  Géraldine Duquenne (1),  tous les espoirs du « Green New Deal » se heurtent à notre modèle technologique qui, à l’opposé d’une logique d’économie circulaire, suit le chemin de la complexification et de la miniaturisation.  Nos technologies consomment toujours plus de ressources naturelles différentes (métaux) dans des dimensions plus petites et donc pratiquement irrécupérables. Et elles se répandent de plus en plus avec un rythme de renouvellement croissant en raison de l’obsolescence prématurée. 

De toute évidence, on ne peut se contenter d’une foi aveugle dans le progrès technologique. Certes, certaines technologies apportent t incontestablement  davantage de bien-être  à l’humanité ; mais d’autres accentuent les inégalités sociales, accroissent les injustices et, par leurs impacts écologiques, remettent en cause la survie même de l’humanité. 

Il nous faut donc filtrer les technologies  et  les subordonner  à certaines conditions environnementales et sociales. Ainsi que l’écrit Francis Van de Woestyne  : « Vive le progrès pourvu qu’il soit partagé et qu’il place l’être humain au centre des recherches. » (2)

Un bon exemple de limites à imposer se trouve dans la sphère des manipulations génétiques.  Ou encore à l’heure actuelle dans la mise en place de la 5G : pareille technologie va générer des applications pour la plupart toujours plus voraces en énergie et en matières premières.

Reste à dégager des structures susceptibles de permettre une évaluation puis un tri  en amont des technologies. A cet égard, on devrait tirer les leçons de diverses tentatives qui ont déjà eu lieu ou qui sont encore opérationnelles : notamment   l’Office of Technology Assessment qui a fonctionné aux Etats-Unis entre 1974 et 1994 , ou encore le bureau STOA qui existe au niveau du Parlement européen depuis 1987. Diverses expériences de panels-citoyens devraient également servir de référence.

En toute hypothèse, il faudrait admettre que les technologies ne sont pas en mesure de répondre à tous les défis auxquelles l’humanité est présentement confrontée.  En particulier,  il est clair qu’elles doivent s’accompagner de changements de comportements pour  en arriver à fonder une société bas carbone.  Faut-il le redire : «  si une voiture électrique émet moins de CO2, son empreinte carbone reste néanmoins importante. » (3)

 Autrement dit, il est indispensable que nos sociétés dites développées évoluent avec de l’efficacité technologique  en même temps que vers un peu plus de sobriété.

Que veut dire un peu plus de sobriété ?

Sur ce thème, rien de tel que de lire Pierre Rabhi. (4)                                                         

 Il s’agit  de discerner quels sont les besoins essentiels et de renoncer à satisfaire des besoins qui n’en sont pas.  Pareil discernement se doit d’intervenir dans la sphère privée de chacun.  En effet, il convient d’admettre que chacun a des besoins différents des autres mais aussi que chacun peut assumer – avec bonheur-  un peu plus de sobriété.   Pour les uns,  des besoins non essentiels peuvent facilement être dégagés dans l’alimentation. Pour d’autres, ce sera en matière de logement ou de mobilité ou encore de loisirs. Il s’agit de favoriser cette liberté de choix. …pour globalement en arriver à alléger le fardeau des impacts négatifs  de notre organisation sociétaire.

En conclusion, pour sortir de la crise actuelle – qui se révèle profondément systémique – nous plaidons pour un peu plus de sobriété en même temps qu’un peu plus d’innovation technologique canalisée.

JPH. 19 Janvier 2022.

2 commentaires sur « UN PEU  DE SOBRIETE  EN MEME TEMPS QU’UN PEU D’INNOVATION TECHNOLOGIQUE »

  1. La sobriété reste un concept assez flou. Disons qu’elle renvoie au « moins mais mieux », dont la définition est rendue difficile par les distinctions que chacun peut faire entre besoins et désirs, entre la notion d’essentiel et celle de non-essentiel. Il n’y a donc pas de modèle de sobriété. Quant à Pierre Rabhi, il me semble que le modèle du colibrisme a fait son temps et que les petits pas ne suffisent plus. Il est interpellant que les pouvoirs publics tendent à culpabiliser le citoyen lambda jugé éducable uniquement par l’interdiction (tout le débat sur le moteur thermique ou électrique) qui par ailleurs ne s’applique pas à l’aviation, à la marine marchande, voire aux transporteurs routiers. Le risque me paraît être un clivage dans la société entre sobres et consuméristes, entre ruraux et urbains, entre riches et pauvres, alors que l’objectif devrait être l’élaboration d’un contrat social qui rassemble au lieu de diviser sur le thème de la transition écologique. L’urgence climatique nécessite un consensus social large, et les mesures à prendre ne seront pas acceptées si elles opposent une partie de la population à une autre. Education, pragmatisme et bon sens doivent plus que jamais nous guider.

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  2. D’accord avec cet article mais je commencerais par le changement de mentatlité et de comportement à la portée de chacun. Si on attend les nouvelles technologies, pour se changer, on ne fera pas grand chose…
    J’aime l’idée reprise dans l’article de Novethic qui fait le parallèle avec les Alcooliques Anonymes. Rassembler des citoyens désireux de changer de comportement par petits groupes pour s’échanger des idées de changement de comportement et se stimuler en se lançant des défis en commun . Paul

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