Le déconfinement nous conduit à vivre en incertitude

Cygne Noir : images, photos et images vectorielles de stock ...

Le déconfinement nous conduit à vivre en incertitude. ( Jean VERLY, 27 juillet 2020)

Confinement et silence vont bien ensemble, notais-je le 19 avril après un mois de confinement. Nous dormons mieux. L’autoroute auprès de laquelle nous habitons ne nous réveillait plus en fin de nuit. Il n’y a presque plus d’avions qui nous survolent. Le matin, les oiseaux se remettaient à chanter.
Je considérais à ce moment le confinement comme l’expérience du vide, le déconfinement devait donc être le retour au plein.
Ainsi, dans notre vécu, écrivais-je à l’époque, nous ne ressentirons plus de la même manière le plein de nos existences ayant expérimenté le vide du confinement.

Fin mai, le Covid semblait avoir disparu tout au moins dans notre environnement en Brabant Wallon.
Et maintenant tout cela reste à vérifier…

D’abord, le déconfinement ne s’est pas opéré brutalement. Il n’est d’ailleurs pas terminé, loin s’en faut au vu des dispositions arrêtées lors du dernier Comité National de Sécurité du 27 juillet qui vient de resserrer la vis.

Vu avec le recul, il est déjà étonnant que le confinement se soit aussi bien passé et presque
partout dans le monde. Le Covid 19 est en effet une pandémie !
Il s’est bien passé tout au moins dans les parties du monde où deux principes d’organisation de la vie sociale sont pratiqués : l’échange monétaire qui protège les individus d’un contact immédiat ; les outils numériques qui permettent le télé-travail.

Une expérience – de confinement – grandeur nature a été réalisée. Vu au stade actuel du
déconfinement, on doit admettre qu’il est plus facile de confiner que l’inverse. Confiner est plus facile à faire comprendre qu’un déconfinement qui se fait progressivement.
Le confinement a cependant mis à plat beaucoup de nos habitudes de vie.
L’impression d’un confinement planifié sur le plan international est tentante ; l’avenir le
précisera peut-être. Il semble a peu près certain que dans la plupart de nos pays européens, l’on aie donné la priorité à la santé plutôt qu’à l’économie. Mais derrière la santé, la priorité a été donnée à la sauvegarde de la capacité des hôpitaux à pouvoir accueillir les malades du Virus d’où les hécatombes dans les maisons de repos.

Cependant telle médecin croisée récemment sur un marché m’expliquait ne pas croire en cette pandémie : il y a d’autres maladies répandues dans le monde qui tuent plus que le Covid, à commencer par la pollution, sans parler du changement climatique…
Le Sras en 2003 n’a pas fait autant de morts qu’une épidémie classique de grippe. Le Covid 19 en a-t-il fait davantage ?

L’organisation du déconfinement, étape par étape du moins dans nos pays européen, est a priori très précise dans ses principes. Mais, tout au moins en Belgique pays du compromis, des mesures édictées par le CNS font soit l’objet d’assouplissements dans leur mise en œuvre, soit l’objet de suppression (la foire de Bruxelles), l’octroi d’un rail pass reporté en septembre… L’enseignement est a priori obligatoire mais il a est concédé qu’il ne le soit pas pour la rentrée scolaire de ce mois de juin.

Mon impression – subjective – est qu’il est difficile d’intégrer des mesures de distanciation
sociale, le port du masque d’abord… vite oublié ? Organiser par exemple le nettoyage du masque chez soi n’est pas si évident et c’est pourtant la condition pour qu’il soit efficace. C’est plus facile avec les masques jetables mais il s’avère qu’ils sont une nouvelle source de pollution.

La perspective des vacances l’a emporté ; on rouvre les frontières mais à la mi-juillet on
reconfine dans certains pays ; la situation fluctuera ainsi un certain temps ; le nombre de
destinations ‘sûres’ se réduit pour le mois d’août.

Le déconfinement a donné l’impression que l’épidémie est derrière nous. Je remarquai début juillet le nombre déjà élevé de livres parus sur la pandémie. Ecrire et penser par-delà le Covid-19 titre le Monde des Livres du vendredi 3 juillet. On peut décompter facilement une dizaine de livres dont il est fait état dans ces pages. Curieusement, plusieurs d’entr’eux serait plutôt des tracts – 30 ou 40 pages – mais la notoriété de leurs auteurs garantit pour l’éditeur de bonnes ventes. Le Covid sauve ainsi quelque peu le marché du livre.

L’impression sans doute rapide qui est ainsi donnée est que l’épidémie est dépassée, grand
soulagement donc !
Mais le déconfinement par étapes et l’annonce de tel ou tel reconfinement inquiète.
J’observe plusieurs hésitations et renonciations à des projets de déplacements.
Telle de mes proches devait participer à un stage de musique dans une région retirée de France. Un premier de ses amis s’est désisté après un séjour en Allemagne où les règles de
distanciation… semblent plus strictes ; une seconde a suivi et la participation au stage – faire de la musique de chambre en petit groupe – n’était plus intéressante puisque la stimulation d’un groupe ‘tombait à l’eau’.

Depuis le début, nous sommes bombardés par les avis des experts, médecins pour la plupart. Ces avis évoluent constamment, voire se contredisent. L’espoir d’un vaccin est généralement présenté comme le remède espéré. Un nombre relativement élevé de laboratoires se lance dans sa recherche. Il est évident que le(s) vaccin(s) choisi(s) le seront en raison d’intérêts économiques, voire nationaux comme déjà annoncé par le président des Etats-Unis. Et l’on sait aussi que le virus lui-même ‘mute’ dans sa nature, donc…

Suite à un CNS, à partir de ce samedi 11 juillet, le port du masque est devenu obligatoire dans les magasins, les cinémas… Les commentaires dans la presse saluent à général positivement ces décisions. Elles semblent rassurer car elles paraissent claires.
Tout paraissait correct dans la galerie commerçante que j’ai fréquentée à la mi-juillet. Mais il n’y avait pas grand monde pour ce samedi-là dans cette galerie…

Fin juillet, le CNS rigidifie les mesures. Il faut porter le masque de manière plus stricte ; il faut donner son identité quand on va au restaurant ou dans une brasserie. Samedi dernier, premier jour de l’application de ce dispositif, la patronne de la brasserie que je visitais à nouveau, m’expliquait que le formulaire n’était pas publié…

Personnellement, je suis plus prudent. Je crois que les autorités ont réussi à instiller la crainte.
Vivre dans l’incertitude nous désarçonne.
Nous avons été conditionnés à la certitude : de la recherche qui nous dit la vérité, de la médecine qui nous guérit et nous permet de postposer l’échéance finale, de la maîtrise de notre temps…
L’incertitude est évidemment fondée sur la peur. Pour autant qu’elle ne se traduise pas en
panique, on peut espérer la ‘gérer’.
La preuve scientifique est opposée à l’incertitude : être certain ou pas que l’on a attrapé le virus ; être certain de l’efficacité – en laboratoire ? – d’un vaccin.
Vouloir identifier scientifiquement la relation de cause à effet conduit à refuser de voir
l’efficacité de remèdes traditionnels connus contre les maladies de régions humides : l’artémisia utilisée notamment à Madagascar. Serait-ce un hasard que le Covid ait aussi sévèrement frappé la région de la plaine du Po qui, jusqu’à la seconde guerre a connu les dégats du paludisme ?

Il s’agit toujours a priori de guérir plutôt que de prévenir. Evidemment, c’est trop tard quand le mal est là. Mais depuis longtemps déjà, nos choix de santé sont dictés par le principe de guérison plutôt que par le principe de prévention qui suppose que chacun renforce son immunité.
Renforcer son immunité suppose une démarche active, le temps nécessaire pour veiller à une alimentation saine…

Au début de la pandémie, j’avais trouvé un compte-rendu du livre de Nassim Nicolas Taleb
(NNT), Le Cygne Noir, sous-titré La puissance de l’imprévisible, paru pour la première fois en 2008. J’ai lu les quelques 400 pages de ce livre, leçon de logique et de statistique mais très agréablement écrit.
Le Cygne Noir est l’événement qui survient brutalement et que l’on considère a priori
impossible. Dans la statistique classique, la distribution en cloche (Gauss), il n’est pas pris en compte ; il est considéré comme une exception.
Selon l’auteur, d’origine libanaise, les Cygnes Noirs sont de plus en plus fréquents : très
récemment, le 11 septembre 2001, les Tsunami de 2004, 2011, l’éruption volcanique en Islande de 2010 (déjà !). Certains, que l’auteur appellent Cygnes gris sont toutefois prévisibles mais exceptionnels (une éruption volcanique).
L’humain semble les ignorer à tel point que telle grande ville comme Naples se trouve à
proximité d’un volcan qui semble à nouveau s’agiter…
Des ingénieurs (y compris chinois) construisent des barrages ; ils adoptent en principe des
normes de sécurité telles que le barrage est considéré scientifiquement sûr… mais s’il y avait une faille non repérée dans la géologie qui l’entoure… ? Et la rupture du barrage de Fréjus, qui n’est pas en Chine, s’est produite.
Nous sommes attachés à trouver les causes ; quel est le premier responsable du Covid ? Le
trouver nous rassurerait bien sûr … mais en ce qui concerne les Cygnes Noirs cela ne semble pas possible, parce que la science considère qu’il s’agit d’exceptions.
Mais, selon l’auteur, la vie procède d’une logique autre que scientifique, généralement par
surprise.

Le principe des fractales mis en évidence par Mandelbrot structure la Nature.
L’harmonie issue du nombre d’or structure les vivants : le rapport constant entre le grand et le petit, tel qu’entre les phalanges de votre main. Mais il n’est pas possible de savoir quelle est la graine qui est à l’origine de l’arbre remarquable que j’aime contempler ; quel est le
spermatozoïde qui est à mon origine… Les carrés, triangle (isocèles)… n’existent pas dans la
nature.L’incertitude est le principe fondamental de la vie.

Il me souvient du voyage que nous avions fait au Sri Lanka, guidé par un docteur de notre
université, qui, lorsqu’on lui demandait de nous rassurer sur ce qui se passerait demain, nous répondait chaque fois ‘on verra’. L’expérience d’un orage tropical nous en a convaincu.

Paradoxalement donc, à ce stade-ci du déconfinement, j’éprouve le fait que l’incertitude dans laquelle nous sommes, me paraît moins évidente à supporter que le confinement stricte du début de la pandémie.
A ceux qui espèrent que le monde change, on peut affirmer qu’il changera certainement.

Jean VERLY
PS : au début de déconfinement fin avril, Sophie Wilmès préconisait de s’adonner au kayak mais elle n’y fait plus allusion dans ses dernières interventions. L’image du skiff semble mieux correspondre à la nouvelle situation. Le skiff propulsé par des avirons est par exemple pratiqué au club de Wépion (https://www.rcnsm-aviron.be). Sur cette embarcation, les rameurs sont les uns derrière les autres tournant le dos au trajet qu’ils réalisent, se laissant guider par le seul barreur qui leur fait face. Celui-ci crie ses ordres ; espérons toutefois que ses postillons ne se transmettent pas trop aux rameurs. Tous doivent évidemment être masqués. Image de notre position de citoyen qui me semble convenir dans les circonstances actuelles ?

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